PRÉSENTATION DU SÉMINAIRE

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par
Paul MATHIAS
Maître de Conférences

 


 

L'ambition du séminaire sur l'nternet et ses « enjeux de théorie politique » aura été de mettre au jour certaines façons dont des problématiques conceptuelles classiques pouvaient être ou bien nouvellement éclairées, ou bien sensiblement altérées, par le développpement des réseaux et la démocratisation de leur usage.

Il paraît très évident en effet que les réseaux exercvent une influence remarquable sur nombre d'interactions politiques, économqieus, et sociales, aussi bien à un niveau individuel, avec une proximité virtuelle de tous les acteurs de l'Internet, qu'à un niveau collectif, avec la création et le développement de communautés d'échanges, de discussion, et par exemple le développement de relations intellectuelles ou bien marchandes mondialisées et qui échappent aux circuits de diffusion traditionnels, institutionnels ou gouvernementaux.

La question qui se posait n'était dès lors pas une question de fait, et de mesurer combien les réseaux pouvaient favoriser les « échanges » et susciter des formes nouvelles de convivialité. C'était plutôt de savoir si les transformations sociales, économiques, peut-être aussi l'altération de la perception que nous avons des valeurs qui régissent les communautés humaines, avaient en elles-mêmes une signification princeps, ou si l'Internet ne devait être vu que comme l'ultime avatar d'une postmodernité devenue presque désuète dans un siècle déclinant.

Or à cet égard un constat s'impose, qui est celui d'un profond hiatus entre une pensée des « politiques de l'Internet », et les pratiques effectives qui ont surgi sur les  réseaux. Le principe directeur de ces pratiques semble n'être que l'impératif d'occuper un territoire, avec ce présupposé, précisément, qu'une telle occupation s'impose d'elle-même, quels qu'en soient les effets, et permet aux acteurs de l'Internet de « s'approprier » un espace que pour une raison ou pour une autre ils peuvent se réserver. 

On ne dira pas que de telles pratiques sont illégitimes et qu'elles trahissent un contresens sur la véritable nature du « cyberespace », on affirmera qu'elle supposent purement et simplement que le « cyberespace » est effectivement perçu comme un espace, et qu'il convient de l'occuper selon les mêmes modalités d'occupation que n'importe quel autre espace, sur le mode de l'appropriation, de l' exclusivité, et de manière à faire valoir une identité et un pouvoir (le plus souvent des prérogatives commerciales, mais non pas exclusivement, puisque des institutions comme les églises cherchent à générer sur l'Internet leur propre présence « morale »).

Les études qui suivent — presque exclusivement l'œuvre des étudiants du séminaire — font en effet ressortir une forme de naïveté et de précipitation dans l' « occupation du cyberespace ». Il ne convient pas de porter des jugements sur les entreprises et les institutions qui marquent les réseaux de leur présence ; mais seulement de constater qu'elles ne parviennent presque jamais à témoigner de cette présence autrement que sur le mode d'une antique « réclame », tout juste mise à jour sous la forme de procédés techniques originaux, et qu'au fond l'Internet ne peut encore être pour elles qu'une sorte de « vitrine » pour des préoccupations qui demeurent très traditionnelles et définies indépendamment des réseaux.

Cela paraît recouvrir au moins deux choses : d'une part, la pratique de l'Internet reste essentiellement nourrie d'une réflexion technique, et il est clair que l'apparence générale des réseaux et les opportunités qu'ils offrent aux usagers se sont très largement diversifiées et approfondies les deux ou trois dernières années. Mais d'autre part l'Internet n'est pas pensé comme une pratique tout à fait originale, c'est-à-dire qu'il reste pensé comme un espace, précisément, et non comme un usage, et essentiellement un usage. Pour dire autrement, la percepton ordinaire de l'Internet privilégie un modèle spatial ou territorial au détriment d'une approche des pratiques et de leur interprétation en tant que telles

C'est en quoi la réflexion sur l'Internet a déjà accumulé une avance considérable sur les pratiques, parce qu'elle repose quant à elle sur le présupposé que l'Internet constitue une réalité par nature différente de la réalité physique, et non pas simplement un outil supplémentaire de cette réalité. C'est pourquoi également des « spéculations » déjà anciennes, à la mesure de l'Internet, se sont dirigées dans la voie d'une élucidation non seulement des opportunités qu'offrent les réseaux, mais véritablement de leur nature communautaire, et de leur dimension corrélativement politique.

Une telle réflexion a par exemple été développée par l'Américain Langdon Winner, du Rensselaer Polytechnic Institute. Elle est donnée en américain, et « rééditée » autour des points qui ont fait l'objet d'une analyse dans le cadre du séminaire.