L'AFFAIRE  N A P S T E R
par

Cécile ARNAUD

Séminaire internet de Sciences-Po
(Paul Mathias)
2000/2001




 

Napster constitue aujourd'hui véritablement "l'affaire" sur internet. En effet, selon la définiton exacte du terme affaire, Napster a créé à la fois un scandale, a entraîné une révolution dans l'univers du Web. Il suffit pour cela de lancer la requête Napster dans n'importe quel moteur de recherche pour se rendre compte du retentissement de cette affaire dans l'univers du Web et de la distribution musicale.
On peut s'interroger sur les causes qui font du cas Napster une véritable affaire. Dans quelle mesure Napster a-t-il révolutionné la diffusion musicale? Quels sont les véritables enjeux du procès? Enfin, dans quelle mesure l'accord BMG/Napster peut-il résoudre le problème?

 
I - NAPSTER, D'UNE RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE A UNE RÉVOLUTION COMMERCIALE:
 
A Avant Napster, comment se diffusait la musique sur internet ?
1 - Une vente traditionnelle calquée sur le modèle de la V.P.C.
La plupart des nouveaux acteurs du Web utilisent des canaux de diffusion traditionnels. Ainsi, la diffusion commerciale de la musique sur Internet s'appuie sur le modèle de la vente par correspondance (VPC): en fait, l'internaute choisit son disque sur le Web, donne ses coordonnées bancaires et reçoit son colis par la Poste quelques jours plus tard. Au bout du compte, il possède le même produit qu'en l'achetant à un disquaire. On peut citer l'exemple de la Fnac ou d'Amazonqui reprennent le principe traditionnel de la Vente par Correspondance.
2 - L'échange illégal de fichiers MP3:
Depuis la création du format MP3 (format de compression des fichiers musicaux), la diffusion de la musique sur internet s'est dématérialisée: en effet, les fichiers musicaux sont numérisés et peuvent être diffusés directement sur le Web: il suffit seulement de les télécharger. Aujourd'hui, il existe de nombreux sites, comme MP3.com ou même des pages personnelles, qui proposent des téléchargements de fichiers MP3. Par contre, la recherche est souvent longue et difficile pour trouver une chanson ou un artiste bien précis.
De plus, ce téléchargement est considéré comme profondément illégal, dans la mesure où, contrairement aux canaux traditionnels de diffusion musicale, la plupart de ces sites ignorent complètement la notion de copyright, ou même de propriété intellectuelle. D'ailleurs, de nombreux sites comme Mp3.com ont été attaqués par les grandes maisons de distribution et se trouvent aujourd'hui dans l'obligation de les dédommager. A cet égard, on peut consulter plusieurs articles sur le sujet.
 
3 - La vente des distributeurs de musique:
Les grands labels de distribution musicale, en réponse au piratage que permet le format de compression MP3, ont eux-mêmes mis en place la diffusion de la musique des artistes qu'ils produisent. Le premier à s'engager dans cette voie fut Sony et le dernier en date, Warner Music. D'une part, ces  labels proposent des téléchargements payant (environ 3.50$ la chanson). D'autre part, ces téléchargements peuvent prendre plusieurs heures et s'ils échouent, ce qui arrive relativement souvent, la plupart refusent le remboursement. De plus, si le téléchargement fonctionne, le client ne possède pas pour autant le fichier: on ne peut pas le transférer d'un PC à un autre, le graver sur un CD ou l'écouter sur un lecteur MP3.
A ce sujet, l'article de USA today a mis au banc d'essai les systèmes de distribution par internet des 5 grandes "Majors".

Ainsi, avant l'apparition de Napster, la diffusion de la musique sur internet répondait à trois alternatives: le modèle traditionnel de la VPC qui ne tient pas compte des énormes potentialités du Web, le téléchargement illégal sur des sites non autorisés de fichiers MP3 ou encore le téléchargement autorisé, payant mais franchement inefficace proposé par les distributeurs de musique. Dans cette perspective, Napster constitue à la fois une révolution technologique et commerciale.
 
 

B - Napster, histoire et fonctionnement:
En Mai 1999, Shawn Fanning, un jeune homme de 19 ans étudiant à l'Université de Boston écrit un code qui va donner naissance à  un programme, qu'il appelle Napster, en référence au surnom que lui ont donné ses amis. 
Il part d'un double constat, la Toile relie des millions de personnes dans le monde entier, et bon nombre d'entre elles possèdent sur leur ordinateur des morceaux de musique et cherchent à en obtenir d'autres. Pourquoi ne pas mettre directement et gratuitement en relation cette offre et cette demande? c'est tout le principe de Napster.
Ainsi, à un instant donné, chaque utilisateur peut accéder, gratuitement pour l'instant, à la totalité des chansons présentes sur tous les ordinateurs connectés. En échange, lui-même met à disposition de la collectivité sa propre collection de fichiers MP3. Lors de son inscription, l'internaute autorise le système à explorer le disque dur de son ordinateur et à communiquer aux serveurs Napster la liste des morceaux Mp3 dont il dispose. Sans cette notion de partage volontaire, le système ne pourrait exister.
Concrétement, voici comment fonctionne Napster

Lorsqu'on installe Napster (dont le téléchargement est gratuit pour l'instant sur leur site), voilà ce qu'on peut voir:

  • Le logiciel se compose d'un moteur de recherche où l'on indique le nom de l'artiste et de la chanson que l'on recherche
  • Le moteur de recherche nous propose une série de fichiers mp3 disponibles sur les disques durs des autres utilisateurs en nous précisant la rapidité de leur connexion (¨câble, DSL , 56K....) et le pseudonyme de l'utilisateur qui possède ce fichier.
  • Ensuite, en double-cliquant sur le fichier choisi, on met en route le téléchargement qui se présente de la sorte:
  • Enfin, Napster dispose d'une "bibliothèque " où sont stockés les fichiers téléchargés, qu'on peut écouter grâce à un lecteur MP3 incorporé au logiciel

Napster ne sert donc que de passerelle pour acheminer le fichier entre les ordinateurs des 2 internautes. Toute l'originalité du système réside dans ce principe.
Début octobre, on pouvait ainsi accéder à une liste d'environ 200 000 titres prendant les heures de nuit aux Etats-Unis et entre 500 et 800 000 titres au cours de la journée. Le succès fulgurant de Napster valide sans équivoque l'idée de Shawn Fanning. Bien entendu, la générosité des internautes s'appuie sur la gratuité complète de cette nouvelle forme de troc. Sur Napster, l'échange n'impose même pas l'équilibre des valeurs: un utilisateur peut n'offrir que quelques morceaux et en télécharger des milliers. On peut donc considérer Napster comme une base de données virtuelle et gratuite dont le taux de croissance variait récemment entre 5% et 25% par jour.

    C - Napster ou la révolution du Peer2Peer:
  • Le Peer-to-Peer ou comment oublier les maisons de disques:
Ce qui rend Napster révolutionnaire, ce n'est pas tellement le programme en lui-même mais surtout le concept sur lequel il repose, à savoir le Peer2Peer (ce qu'on peut plus ou moins traduire en français par pair à pair ou particulier à particulier).Comme le montrait le shéma présenté précédemment, ce système repose sur une sorte de troc et en cela, peut aisément se passer d'"institutions commerciales": le serveur confronte gratuitement l'offre et la demande; il n'y a nul besoin d'intermédiaires; et ceci peut être compris comme l'annonce de la fin des supports physiques, c'est-à-dire celle des disquaires, sur internet autant que par les canaux traditionnels . 
De plus, ce système, conforme à l'idéologie dominante sur internet selon laquelle l'information doit circuler gratuitement et librement, se passe de tout principe marchand. De la même façon, alors que le téléchargement de Napster pourrait être payant, il est disponible gratuitement sur de nombreux sites
Ainsi, il n'existe plus aucun moyen de rémunérer les producteurs et les artistes. Napster a donc très vite été interprété comme la fin de tout: la fin du copyright, donc des bénéfices, donc de l'industrie du disque. La plupart pensent, en toute logique, que si un morceau de musique peut être écouté gratuitement, aucun consommateur ne serait assez stupide pour continuer à l'écouter en payant.
 
  • Napster, et le P2P, inquiètent d'autant plus les distributeurs de musique que son audience est immense:
Napster représente en effet plus de 38 millions d'utilisateurs à ce jour.
En moyenne, il y a plus de 640 000 utilisateurs de Napster en ligne à tout moment.
Par exemple, selon l'AFP, Napster a généré 1.39 milliards de téléchargements en Septembre.

Donc, en considérant les moyens actuels de diffusion musicale sur l'internet, Napster, en se fondant sur la logique du peer2peer, constitue une véritable révolution qui a une portée à la fois technologique, commerciale mais aussi sociale et culturelle, dans la mesure où ce logiciel a modifié très rapidement et à une échelle sans précédent le comportement du consommateur en matière musicale .
 
 

II - LE PROCES : NAPSTER FACE A L'INDUSTRIE DU DISQUE:
 

A- Napster, un procès qui n'est toujours pas terminé: 
En décembre 1999, la RIAA (Recording Industry Association of America) qui regroupe les "5 majors" de l'industrie musicale (Sony, EMI, Virgin Tech, Universal et BMG)a porté plainte contre Napster pour "violation des droits d'auteur".
En Juillet dernier, un tribunal d'instance, présidé par le juge Marilyn Hall Patel et pour qui "Napster était un monstre destiné au piratage massif", avait sommé la société Napster d'interdire le trafic de fichiers soumis au copyright sur son site - autrement dit, l'avait condamnée à fermer boutique.
Quelques heures avant son application, cette injonction avait été suspendue par une première cour d'appel de Californie, afin de laisser le temps aux deux parties de développer leurs arguments, ce qu'ils ont fait durant le mois d'octobre.
 
B - La défense des deux parties s'appuie sur des logiques contradictoires:
 On peut rapprocher l'argumentation des avocats des deux parties à celle qu'on a rencontré dans de précedentes affaires touchant au copyright.
 
1 - Les avocats de la RIAA appuient leur argumentation sur le respect de la propriété intellectuelle:
La RIAA accuse Napster d'offrir un service qui "facilite le piratage de la musique à une échelle sans précédent". Pour eux, l'activité de napster s'apparente à du vol de droits d'auteurs, "une piraterie généralisée". La juge fédérale Marilyn Hall Patel avait d'ailleurs déclaré que Napster était "un monstre à l'origine d'un dommage commercial évident". Pour Russel Frackman, le représentant de la RIAA, la compagnie a été créée pour "échanger de la musique piratée".
Ces arguments s'appuie sur des chiffres significatifs:
  • 90% de ceux qui se "loguent" sur Napster revendent des disques copies à des tiers, ce qui est illégal selon la loi américaine.
  • Les dégâts sur l'industrie du disque sont déjà mesurés: une étude publiée le 25 mai montre qu'à proximité des campus américains (les étudiants étant les principaux adeptes de Napster), les ventes de disques ont chuté de 4% entre 1998 et 1999, "ce qui confirme nos pires craintes" affirme le porte-parole de la RIAA.
  • De même, la RIAA et la NMPA (Association nationale des éditeurs de musique) ont mené une étude auprès de 2 555 étudiants, qui montre une corrélation entre l'utilisation du logiciel Napster et une baisse des achats de CD. "Napster cause un tort irréparable aux plaignants et à toute l'industrie musicale", estiment ces associations, "Napster est en train d'apprendre à une génération de consommateurs que les artistes ne méritent pas d'être payés pour leur travail et que leur créativité peut être utilisée gratuitement". La même étude signale que 87% des fichiers échangés comportent un droit d'auteur, et ne peuvent donc être échangés sans rémunération, et que près de la moitié des utilisateurs reconnaissent acheter moins de CD depuis qu'ils utilisent Napster.
  • PC Data affirme que les nouveaux utilisateurs de Napster sont susceptibles, le premier mois, d'acheter autant de CD qu'avant. Par contre, la consommation de ces clients diminue après 90 jours, bien qu'ils visitent encore les sites d'achat en ligne sans pour autant acheter." Apparemment, les utilisateurs de Napster visitent les sites d'achat en ligne pour recueillir de l'information sur la musique et ensuite utilisent Napster pour la télécharger gratuitement" affirme le PDG de PC Data. Sur 120 000 ménages connectés, 10.4% des surfeurs visitent le site CDNow et 8.3% d'entre eux y font des achats. Au bout d'un mois d'utilisation de Napster, 25.6% visitent CDNow et 8.4% effectuent des achats. Après 4 mois, les visitent chutent à 18.5% et seuls 5.5% y achètent de la musique.
De nombreux artistes, parmi lesquels le groupe de heavy metal Metallica ou encore la chanteuse Madonna, le rappeur Dr Dre et le groupe NSync, se sont mobilisés contre Napster. D'ailleurs, Lars Ulrich, invité par la télévision ABC, a déclaré: " Il s'agit de contrôler quelque chose qui nous échappe. Ca ne concerne pas uniquement les musiciens, mais aussi les acteurs et les écrivains. Nous sommes face à une technologie qui n'a pas de règles et fait ce qu'elle veut sans que personne n'intervienne". D'ailleurs, à peine son action en justice entamée, Metallica a ordonné à Napster d'interdire l'accès de son serviceà plus de 300 000 "accros" qui auraient prétendumment revendu les CD du groupe après les avoir copiés. La société a obtempéré pendant 10 jours avant de permettre à nouveau l'accès libre à son site, à la suite de milliers de protestations d'usagers.

Par conséquent, l'argumentation des grandes "majors" de l'industrie musicale repose sur la responsabilisation de Napster quant à l'usage illégal qui en découle et sur l'impact négatif qu'il entraîne sur tout le marché du disque.
 

2 - En revanche, la défense de Napster s'appuie sur une "déresponsabilisation" de la société:
"Ce qui est sûr" affirme Robert Atkinson, le représentant d'une cellule de réflexion de Washington qui a offert sa médiation dans l'affaire, " C'est que les utilisateurs de Napster, en majorité, enfreignent la loi. C'est plus difficile d'être aussi affirmatif pour la société elle-même".
Devant les juges, David Boies a ainsi fait valoir que les clients de Napster n'étaient pas engagés dans une quelconque activité commerciale ou illégale. Parce que son logiciel ne fait que mettre en rapport des utilisateurs qui copient ensuite les morceaux sur leurs disques durs, Napster ne s'estime pas responsable des actions "de millions de personnes qui veulent écouter librement de la musique".
Selon la société, Napster se contente de mettre en relation, gratuitement, des particuliers entre eux, ce qui leur permet de réfuter toute demande de rémunération des artistes et producteur pour diffusion publique de leurs oeuvres. Argumentation qui n'est pas dénuée d'une certaine mauvaise foi, mais qui fait mouche auprès d'un nombre croissant d'internautes et d'observateurs, y compris dans l'industrie musicale.
Les avocats de Napster s'appuient sur le Digital Millenium Copyright Act, "selon lui, les fournisseurs d'accès comme AOL ou Earthlink ne peuvent être poursuivis dans le cadre de la régulation sur les droits d'auteur, car ils ne peuvent pas contrôler ce que font ceux qui surfent sur le Web,explique Dan Wool, le porte-parole de Napster à Los Angeles,Nous entrons exactement dans ce cas de figure. Nous ne stockons pas de fichiers musicaux, nous ne les vendons pas, ni ne les échangeons. Nous mettons tout simplement en contact des gens qui font ce qu'ils veulent de leur musique. Il n'y a là rien d'illégal".
Des partisans de Napster estiment que cette affaire est semblable à l'affaire Betamax, dans laquelle l'industrie du cinéma avait affirmé que l'utilisation de cassettes video aboutissait à des violations de droits d'auteur. En 1984, la Cour Suprême des Etats-Unis avait décidé que copier des programmes pour un usage personnel ne violait pas les droits d'auteur, et que les fabricants de magnétoscopes ne pouvaient être tenus pour responsables des violations de droits d'auteur.
Les avocats de Napster font également référence au cas Sony, et espèrent qu'il fera jurisprudence dans ce cas précis: David Boies déclare ainsi "Il s'agit d'une situation où le nombre d'utilisations non frauduleuses augmente au moment même où nous parlons".Ils s'appuient sur la notion de fair use (juste utilisation): ce concept porte l'idée que que tout individu peut reproduire un oeuvre soumise aux droits d'auteur pour une juste utilisation. Ainsi, et c'est ce qui s'est passé dans le cas Sony, à partir du moment où l'on prouve qu'il existe une utilisation non frauduleuse, on ne peut l'interdire sans interdire cette utilisation juste.
Napster fait également référence, pour sa défense à une loi sur le  copyright, l'Audio Home Recording Act, qui défend la possibilité pour les consommateurs de poster et de télécharger des chansons gratuitement en ligne aussi longtemps qu'ils ne tirent pas profit de leur activité.

Il faut par ailleurs noter que Napster bénéficie d'un fort capital sympathie auprès du public, ce qui est accentué par le soutien de certains artistes à Napster. Par exemple, Prince ou Courtney Love, la chanteuse du groupe Hole juge qu'il faut "laisser les adolescents faire ce qu'ils veulent sur l'internet"et que "les vrais voleurs sont les compagnies de disques qui prennent des pourcentages effrayants aux chanteurs". De même, des réactions violentes face à l'action en justice de Metallica peuvent être signalées: certains utilisateurs ont lancé un appel au boycott voire à un autodafé des disques du groupe. Aussi, un groupe de hackers américains a appelé au boycottage d'une compétition, organisée à l'initiative de principales maisons de disques américaines le 7 octobre dernier, qui les mettait au defi de "craquer" 6 fichiers moyennant une prime de 10 000$. "Je ne ferai pas le sale boulot" a lancé un hacker.

Enfin, on peut signaler que Napster dispose également d'études qui mettent en évidence la corrélation entre l'utilisation de Napster et l'augmentation des ventes de CD. Le cabinet américain Jupiter Communications montre que les utilisateurs de Napster ont 45% de plus de chances d'accroître leur budget musical que les non-utilisateurs. Cette étude s'appuie une enquête menée auprès de 2 000  internautes: les résultats sont clairs, aucun d'entre eux n'a réduit ses dépenses, ceux qui ont dépensé moins de 20$ sur une période de 3 mois ont également peu téléchargé et ceux qui téléchargent davantage ont vu leur dépenses augmenter. Ainsi, il semble que plus on télécharge, plus on achète.

Les multiples rebondissements du Procès Napster montrent que cette Affaire fait appel à deux logiques complètement contradictoires et met en évidence un dangereux flou juridique à ce sujet: on observe ainsi des références au droit de la propriété intelectuelle mais aussi à des jurisprudences sur des révolutions technologiques similaires (cassette audio et video).
 

III - Le récent accord entre Napster et la major Bertelsmann suscite un espoir quant au réglement définitifde l'affaire mais présente de nombreuses limites à la fois du côté des maisons de disques que des napsteriens:
 

A - L'accord, bien qu'encourageant, semble relativement flou:
Le 31 octobre est annoncée une prise de participation du géant européen de la musique Bertelsmann dans le service de logiciel de musique Napster.
Les deux parties restent très floues sur cet accord:  - Dans son communiqué , Napster parle d'alliance stratégique, de système 
                                                                               d'abonnement payant, de consultation des utilisateurs, d'offres promotionnelles 
                                                                               gratuites. Aucun autre détail n'est précisé.
                                                                             - Celui de Bertelsmann n'est pas plus détaillé. On y retrouve les mêmes 
                                                                                informations que dans le communiqué de Napster, en un peu plus long mais 
                                                                                guère plus informatif .
Le service de nouvelles News.com  mais aussi CNet a été le premier à offrir quelques détails, sous toutes réserves, citant des "sources proches de la transaction". D'après ces deux sites, Bertelsmann aurait prêté environ 50 millions de dollars à Napster pour financer un protocole sécurisé (ce qui signifie un protocole qui empêche la copie non autorisé de fichiers MP3) et payant de diffusion des fichiers musicaux. En contrepartie, Bertelsmann s'assure une participation à hauteur de 58% dans Napster. Bertelsmann serait à l'abri d'une trop grande dissolution du capital de Napster si cette dernière trouvait d'autres partenaires. pour sa part, Napster ne peut utiliser le produit de cette entente pour payer les avocats qui la défendent dans les différentes poursuites intentées contre elles.
BMG promet ensuite d'abandonner toute poursuite à l'encontre de la société californienne, et de tenter de convaincre les autres acteurs de l'industrie d'adopter ce "napster sécurisé", condition indispensable à la viabilité du système, qui se doit de proposer un choix autrement plus important que le seul catalogue BMG.
On assiste donc le 31 octobre à une scène touchante lors de la présentationde l'accord à la presse: avant de tomber dans les bras de Thomas Middelhoff, le Patron de BMG, Shawn Fanning, le créateur de Napster déclare: "Si vous pensez que Napster est génial, attendez voir, ça ne fait que commencer!".
Le PDG de BMG déclare à son tour: "Le partage de fichier pair-à-pair a capturé l'imagination de millions de personnes à l'échelle mondiale, avec sa facilité d'utilisation, la sélection globale du contenu, et la caractéristique de la communauté. Napster a pointé une nouvelle direction pour la distribution musicale, et nous croyons que ceci formera la base de nouveaux et excitans modéles commerciaux pour le futur de l'industrie musicale. Nous invitons les autres maisons de disques, distributeurs, artistes et autres membres du secteur à participer au développement d'un sevice sécurisé fondé sur l'abonnement.". de son côté, Hank Barry, le PDG de Napster affirme: Cette alliance stratégique avec Bertelsmann est une étape normal pour Napster. La communauté Napster, qui est celle qui augmente le plus vite dans l'histoire de l'internet, bénéficiera énormément de l'engagement historique de Bertelsmann dans l'innovation et de son expérience".
On parle d'un abonnement de l'ordre de 4,95$ (environ 38 francs).

Pourtant, ce surprenant rapprochement entre l'industrie du disque et l'enfant terrible de la musique en ligne a tout du marché de dupes, tant sont nombreux les problèmes qui attendent les deux nouveaux partenaires.

    B - Cet accord présente des limites à la fois techniques, juridiques et commerciales qui mettent endoute sa viabilité:
  • Problèmes techniques:
Comment concevoir un système miracle, à la fois simple d'accès et sécurisé?
Les déboires du SDMI consortium s'évertuant à trouver un format sécurisé pour la distribution de musique en ligne, sont là pour le prouver. En effet, rien ne permet d'empêcher l'abonné qui a légalement téléchargé une oeuvre de la distribuer ensuite gratuitement par d'autres canaux. Dès lors, ledit abonné peut copier le morceau d'un clic et le mettre à disposition n'importe où sur le Web. Depuis la mi 99, les majors , grâce au SDMI, un consortium réunissant 180 membres des grands de la musique, et à une flopée d'entreprises de haute technologie, travaillent sur un format complètement sécurisé: pourtant, et c'est le défi auquel je faisais allusion précédemment, des chercheurs de la Silicon Valley ont réussi à dévérouiller le système.
Ensuite, l'adoption d'un format sécurisé, donc plus lourd à manipuler, risque de rendre caduc l'argument de simplicité avancé par Napster.
 
  • Convaincre les autres majors:
Certes, les autres plaignants ont salué l'accord. Universal Music (Seagram, en cours de fusion avec Vivendi) a salué le geste de Napster, qui a reconnu les droits d'auteur et le besoin de rétribuer artistes et producteurs. "Le modèle actuel de Napster continue néanmoins à transgresser [la loi] " a précisé Universal, qui ne retire pas sa plainte.Il en est de même pour Sony: " cette alliance ne modifie en rien les actes illégaux commis par la société californienne".
On peut déterminer un autre obstacle de taille, économique celui-là: comment convaincre 4 majors de tenter l'aventure alors que la cinquième est majoritaire chez Napster? Par exemple, le groupe Universal ne manifeste aucune intention de se joindre à l'accord. Pour Michael Robertson, cela relève de l'impossible: "certains vont définitivement faire la grimace quand ils s'apercevront que BMG est décisionnaire, qu'il a la possibilité de contrôler la façon dont le contenu est positionné au sein du service" a-t-il glissé à CNet.
 
  • S'assurer de la fidélité des internautes:
Mais le plus gros problème auquel risque d'être confronté la future filiale de Bertelsmann n'est autre que la désaffection pure et simple d'une grande partie des utilisateurs...Bien sûr, sans doute pour encourager ses fidèles, Napster a diffusé Mercredi 1er Novembre sur son site une étude de Webnoize selon laquelle les utilisateurs de Napster étaient prêts à payer un service de 158$ par mois.
Il suffit de se promener sur les forums de discussion en ligne pour mesurer la violence des réaction des adeptes de Napster: la plupart estiment que les dirigeants de Napster se sont "vendus à un groupe capitaliste".
"Qu'allez vous faire quand vous commencerez à être payants, que 95% de vos utilisateurs iront voir ailleurs et que les quelques clients restants ne trouveront pas ce qu'ils cherchent?" demande ainsi un internautre sur le forum de Napster. Certains utilisateurs crient à la trahison :"c'est comme une drogue: au débue, le revendeur te la donne gratuitement puis quand tu deviens accro, tu la paies". Certains sites se sont mêmes créés pour dénoncer l'alliance.
"C'est la fin de Napster. Il est tout bonnement impossible de faire payer un système sécurisé alors que la maison d'à côté propose la même chose gratuitement" prophétise de son côté Robertson, en faisant référence aux nombreux autres systèmes de P2P comme Gnutella, Freenet, Scour... De plus, d'ores et déjà, ces programmes et quelques autres proposent d'échanger cette musique sans frais. Pire pour les majors, ceci n'émane pas d'une entreprise identifiée et attaquable en justice. Il s'agit de logiciels décentralisés, mis en oeuvre par les internautes eux-mêmes selon les nouveaux modèles open source.
Certes, aucun de ces logiciels, pour l'instant, ne rend un service aussi parfait que Napster: Freenet est un peu compliqué à utiliser; Gnutella a tendance à planter quand trop d'internautes se connectent. Et aucun n'a encore atteint la masse critique d'utilisateurs de Napster, seule garante d'un choix illimité de musique. De plus, après les fichiers son, on peut s'attendre au développement du peer-to-peer pour l'échange de vidéos clips, voire de films entiers.
 
 

En conclusion, on peut dire que le bras de fer juridique autour du site d'échange de fichiers musicaux Napster devrait avoir un impact profond sur la diffusion musicale et la propriété intellectuelle.
La bataille autour de Napster constitue le dernier développement "d'un débat qui existe depuis longtemps entre les fournisseurs d'images et de son, et les consommateurs qui désirent obtenir ces données", estime Tim McNamara, un responsable de Consumers Electronics Association, qui représente les fabricants d'équipements électroniques. Le procès n'est que symptomatique d'un mouvement plus profond, car c'est le gigantisme et la facilité d'usage de pose probléme et les maisons de disque na peuvent pas metre un vigile derrière chaque internaute.
En fait, cette affaire traduit l'émergencede nouveaux modèles commerciaux sur le Web mais aussi les réticences des canaux de diffusion traditionnels, c'est-à-dire les maisons de disque, à s'y adapter. Le récent accord entre Napster et BMG montre que les distributeurs ont compris l'énorme potentiel que représente la dématérialisation des beins culturels, bien qu'il s'agisse maintant de la mettre en oeuvre.
 
 
 

Bibliographie:

Il n'existe pas encore d'ouvrage sur l'affaire elle-même mais la presse, notamment en ligne, fourmille de dossiers et d'analyses interessantes sur la question.
On pourra consulter avec intérêt les sites, entre autres, du Monde, de Libération et de CNet, avec bien sûr les dépêches AFP