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La technique et les valeurs

Andrew Feenberg

Collège international de philosophie

Printemps 2015

Le séminaire se tient à l'Ens, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris.
Il a lieu les mercredis 29 avril, 20 mai, 27 mai et 3 juin, de 17h à 19h en salle U-V.

Argument

Quelle est la relation entre la technique et les valeurs? Cette question est à l'arrière-plan de la politique de la technique. Peut-on espérer changer la technique pour la rendre conforme à nos valeurs ou faut-il nous conformer à ses impératives? Cette dernière vue a prévalu jusqu'à récemment et a justifié une mentalité technocratique qui prédomine encore maintenant dans les entreprises et les gouvernements. Mais des luttes politiques récentes semblent la réfuter. L'écologie commence à forcer la technique à se conformer à nos valeurs. Cette question s'implique dans un vieux problème philosophique, le problème de la relation entre les faits et les valeurs. David Hume nous dit que «devoir» ne peut pas être dérivé de «être». Aucun nombre de faits ne peut établir une valeur.

Bien que Kant pensât que certaines valeurs pouvaient être dérivées du fait que les hommes sont rationnels, d'autres philosophes ont conclu que les valeurs ne sont que des préférences qui ne sont pas basées dans la réalité. Aucune des deux théories trouva une connexion entre les valeurs et les faits. Ce débat continue indéfiniment et semble incapable de résoudre le dilemme. Par contre, il s'avère que la technique est constituée de faits qui incorporent des valeurs. Contester les valeurs incorporées dans la technique peut entraîner de nouveaux faits. Le problème posé par ce séminaire reste ouvert.

Programme

  • 29 avril. Le problème de la modernité dans la philosophie japonaise.

    La première tentative pour amener la technique à se conformer à des valeurs s'est produite non pas à l'Ouest mais à l'Est. A la fin du 19e et au début du 20e siècle, les modernisateurs chinois et japonais pensèrent qu'ils pourraient trouver une façon d'incorporer les sciences et les techniques occidentales dans leur culture traditionnelle. Leur slogan fut «science occidentale, éthique orientale».

    L'approche philosophique la plus intéressante était celle qu'explorèrent Kitaro Nishida et ses étudiants. Ils avancèrent qu'une nouvelle compréhension de la relation de la culture à la nature commençait à émerger à l'Est, et qu'elle pourrait former la base de la technique asiatique.

    Ce cours-ci explique la philosophie qui détermine leur tentative de «surmonter  la modernité» et ses conséquences désastreuses.

    Bibliographie:

  • 20 mai. Le mouvement écologiste et la politique la technologique.

    Le mouvement technologique émergea en tant que force politique significative aux Etats-Unis au début des années soixante-dix. C'est à cette époque que les scientifiques proposèrent au public des idées pour confronter la crise environnementale grandissante. Il y avait deux courants de pensée qui s'affrontaient: les penseurs qui avaient le plus d'influence proposaient des limites à la croissance de la population aussi bien que celle de l'industrie. Mais une école dissidente essaya de relier la crise environnementale à la logique capitaliste et au design de la technologie et exigea la simplification de la vie ainsi que la réduction de la prospérité. Cette deuxième école soutenait qu'il fallait réaliser dans la technologie des valeurs écologiques afin de pouvoir continuer une croissance qui augmenterait le bien-être humain dans des conditions compatibles avec la santé environnementale.

    Ce cours décrit le débat et ses résultats.

    Bibliographie: http://www.sfu.ca/~andrewf/books/FINAL_EcologieSocialisme.pdf.

  • 27 mai. L'anthropologie et la question de la nature. Sur L'Écologie des autres, de Philippe Descola.

    Philippe Descola a publié un livre intéressant sur l'écologie, auquel ce cours répondra. Descola propose que la relation des humains à la nature dans chaque culture est déterminée par une structure détereminée. La structure qui prédomine dans les sociétés occidentales a mené à l'indifférence à la santé de l'environnement et donc est responsable de la crise environnementale. Descola identifie la structure occidentale à la science naturelle moderne. A partir de ses commentaires, ce cours va considérer les relations entre la nature telle qu'elle est vécue et sentie et la nature de la science naturelle. Les deux choses ne sont pas aussi identiques que Descola ne le pense, mais elles ont des interactions complexes. Une compréhension différente de la distinction pourrait-elle expliquer l'émergence du mouvement environnementaliste?

    Bibliographie:

  • 3 juin. La réalisation de la philosophie: Marx, Lukács et L'École de Frankfort.

    Une tradition importante dans l'histoire de la philosophie moderrne n'a jamais accepté l'argument de Hume, ni l'alternative de Kant. Selon cette tradition les valeurs ne sont pas détachées essentiellement du monde des faits mais l'imprègnent complètement. Hegel avait fondé cette tradition et elle est devenue un courant dans la philosophie marxiste qui a eu beaucoup d'influence en Europe. Les textes principaux de cette tradition sont les Manuscrits de 1844 de Marx, Histoire et conscience de classe de Lukács, Dialectique des lumières de Adorno et Horkheimer et L'homme unidimensionnel de Marcuse. Ces philosophes ont essayé de surmonter l'écart entre la culture et la nature, entre les valeurs et les faits. Ils ont proposé que la révolution puisse transformer non seulement la société mais aussi la nature. Ce cours examinera cette proposition étonnante.

    Bibliographie:

Page créée le 3 mars 2015, modifiée le 3 mars 2015