L'auteur dans le mouvement de fluidification
réception-production
Jean-Louis Weissberg
Maître de Conférences en
Sciences de l'information et de la communication
à l'IUT de Villetaneuse
Université Paris XIII
weissberjl@aol.com
On partira du constat suivant: l'auteur individuel est le produit de
l'imprimerie qui a construit un lien irréductible entre la personne et sa
production. Qu'advient-il de cette figure à l'heure du basculement vers
l'édition et la distribution numérique sur Internet? D'où l'idée couramment
exprimée selon laquelle le numérique creuserait le déficit aussi bien de la
culture de l'imprimé que de celle de l'auteur individuel, autre nom possible
pour désigner cette culture. On discutera l'apparente évidence de cette
déduction. Cette question de l'auteur engage en fait à un réexamen de la
distribution des positions entre réception et production, réexamen dont les
dimensions politiques sont primordiales.
On voudrait ici établir que ces postures ---disjointes, dans une large mesure
par la culture de l'imprimé--- sont soumises à un brutal mouvement de
fluidification dans le contexte des réseaux. Le développement d'Internet
secrète des positions intermédiaires originales entre réception et production,
qui constituent une véritable mutation des savoirs symboliques; mutations que
nos sociétés se doivent de prendre à bras-le-corps, car il y va des conditions
d'expression de la citoyenneté dans la «République de l'hypermédia» (comme on
a pu parler de la «République des Lettres»). Il s'ensuivra quelques
propositions pour aborder le problème du statut de l'auteur dans l'univers du
«virtuel», autour de la notion d'auteur en collectif (plutôt que d'auteur
collectif).
Radicalisant ce qu'annonçait déjà l'écriture et l'imprimerie ---l'utopie de la
«République des Lettres», où chacun est aussi bien écrivain que lecteur--- les
réseaux numériques nous plongent dans un milieu beaucoup plus favorable pour
expérimenter des agencements inédits entre ces deux postures. Pour aller à
l'essentiel, je suggère de reconnaître et de consolider le statut
intermédiaire entre ces positions: ni lecture ---qui laisse inchangé le texte
lu--- ni écriture, dont l'idéal consiste à demeurer inaltérée; notions qui
n'ont de sens historique que relativement à des supports stables. Dans cette
perspective, je discuterai la thèse, à mon sens simpliste, qui voudrait qu'on
passe, dans le contexte de la cyberculture, d'un auteur sans collectif
(version romantique où l'auteur exprime une intériorité close) à un collectif
sans auteur (anonymat par indifférence à l'individuation). D'où l'hypothèse
suivante: nous assistons à un renforcement simultané des deux pôles individuel
et collectif ainsi qu'à l'apparition de formes auctoriales inédites, ce que
vise la notion d'«auteur en collectif».
Ce document a été traduit de LATEX par HEVEA.