Courrier électronique et environnement privé
Klaus Schönberger
FATK & Ludwig-Uhland-Institut für empirische Kulturwissenschaft
Université de Tübingen
schoenberger@uni-tuebingen.de
Les médias traditionnels abondent de compte-rendus percutants sur les
effets réels ou supposés des nouvelles technologies d'information et de
communication. Selon qu'on se place d'un point de vue culturel ou
technique, on constate avec pessimisme la difficulté grandissante à
établir de nouvelles relations sociales saines ou on s'enflamme pour la
naissance de nouvelles sociétés virtuelles. La mode actuelle et durable
en matière de médias porte précisément sur ce dernier point.
Paradoxalement, le rôle et l'usage des communications électroniques
dans les relations sociales privées déjà existantes (par exemple dans
le couple, en famille, entre proches, amis ou connaissances), restent
méconnus.
Dans le cadre d'un projet financé par la DFG (l'équivalent du CNRS
allemand), nous avons interrogé des hommes et des femmes, utilisant
Internet chez eux de façon privée, issus de différents milieux
professionnels. De plus, nous nous sommes intéressés aussi aux
non-utilisateurs qui font partie du réseau social de chaque personne
interrogée. L'enquête repose sur 30 entretiens et a été effectuée
selon des méthodes qualitatives et ethnographiques.
Les pratiques que nous avons observées sont-elles conformes aux discours
sur Internet?
Les défenseurs d'Internet répètent souvent que, grâce aux
possibilités techniques de ce mode de communication, les critères de
ségrégation tels que classe sociale, sexe ou ethnie perdent de leur
importance. Dans notre enquête, à part quelques exceptions, les
personnes étudiées n'ont pas fait de nouvelles connaissances. Leurs
interlocuteurs en ligne ont le même profil social que ceux de la vie
réelle. Le potentiel technique n'induit donc pas nécessairement un
changement des pratiques quotidiennes, ni un élargissement automatique de
la sphère sociale privée. Les modes d'utilisation d'Internet à des
fins privées, tout comme l'élargissement ou le rétrécissement du
réseau relationnel dépendent surtout des facteurs sociaux, mais aussi
de l'(auto)-positionnement des utilisateurs dans les réseaux sociaux
existants. Quant aux personnes pour qui le Web a constitué une raison
supplémentaire de s'équiper, la fréquence de leur usage d'Internet
est étroitement corrélée au pourcentage de leurs amis et parents
disposant d'une adresse électronique.
De façon générale, les différents usages d'Internet à ce stade de sa diffusion
n'ont apparemment pas de lien direct avec le profil social de l'utilisateur,
mais dépendent de ses pratiques sociales.
Ce document a été traduit de LATEX par HEVEA.