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Programme de l'atelier Internet (1997-1998)


I. Activités passées

Nous renvoyons à la synthèse relative au travail des deux années précédentes.

II. Le programme

Nous continuons à nous donner les moyens de mieux comprendre les incidences des transformations apportées par Internet et l'informatique dans l'organisation et la diffusion des savoirs. Pour cela:
Nous restons attachés à l'étude de ces transformations au sein du monde universitaire: en effet, nous disposons d'un savoir-faire dans ce domaine; mais surtout, nous pensons qu'il n'y a pas de transformation dans l'ordre des savoirs sans participation de ceux qui en sont les détenteurs ou valideurs (sous forme d'accord, de résistance, d'accompagnement, ou de mutation du groupe social qu'ils constituent).
Nous comptons profiter de notre diversité, écouter ce qui se fait ailleurs, économiser nos forces. Et s'il fallait réduire notre démarche à un axiome, nous disons que ces transformations touchent à l'écriture, sont de l'ordre de l'écriture.

III. Axes de recherche

A. Le passé (de -3000 à hier)

1. Axe historique

Il nous faut approfondir les thèmes suivants, en faisant appel aux experts:
- transformations profondes de l'écriture et de ses supports;
- enjeux politiques autour de l'écrit;
- socialisations et désocialisations de l'écrit, des alphabets (au sens le plus large possible);
- succès et échecs d'une forme littéraire;
- influences réciproques entre écriture, modalités de la pensée et cartographie des savoirs.
Les exemples passés nous aideront à comprendre le présent, imaginer le futur. A condition bien sûr, qu'ils soient bien replacés dans leur contexte temporel, culturel, politique. L'usage des sténogrammes par Husserl (qui sera présenté prochainement) est un bon exemple d'interaction manifeste entre pensée et écriture (et accessoirement, du problème de la traduction d'une pensée d'une écriture vers une autre).

Réciproquement, les transformations actuelles nous aisent à mieux comprendre le passé, notamment les relations sciences et lettres, ou les relations sans cesse recomposées entre théorie, technique laboratoire, bibliothèque.

2. Axe social

Ce regard est en fait tout autant historique, mais s'attache tout d'abord à la socialisation des techniques en général, à la construction et à la démocratisation des réseaux (postal, ferré, électrique...), à leur adoption par les nations, et aussi aux contraintes scientifiques qui permettent ou limitent leur développement (lente construction du paradigme électricité=énergie).

Seront donc soulevées les questions d'apprentissage, de diffusion, de résistances. Il s'agira de savoir aussi à partir de quoi, de quand, une technique produit du social; ce qui est une question non triviale, souvent mal abordée.

B. Le présent

deux axes nous semblent particulièrement féconds:

1. Nouvelles pratiques scientifiques, nouvelles disciplines

- Les lieux. Tout d'abord les «collaboratoires», avec constitution de réseaux d'échange plus denses, mêmes s'ils sont dispersés dans l'espace.
- l'apparition de nouvelles disciplines. Exemple: sciences sociales et informatique. L'informatique, après s'être intéressée au «hard», puis au «soft», s'attaque maintenant au social (de Négroponte à la NSF, cf. Les Gasser). Ce qui se traduit par des investissements énormes, des universitaires qui ont maintenant un pied dans chaque discipline (informatique et sciences sociales), mais aussi par une transformation des concepts des sciences sociales: notion d'acteur, de négociation, d'optimisation de ressources; modélisation des comportements, évaluation de groupes de travail, etc.
- les outils et leurs effets. Les méthodes lexicométriques, souvent critiquées à cause de la soi-disant faiblesse des idées théoriques de leurs usagers (mais nous avons rencontré des vrais génies parmi ces derniers), sont réactualisées via l'essor d'Internet (indexeurs, mais aussi tri et sélection de l'information électronique). Se pose ensuite toute la question de la connaissance des équipes de recherche via le Web et des représentations personnelles que l'on se fait de l'organisation des savoirs induites par les cartographies des indexeurs (Cow9 etc.). Enfin, les traces informatiques permettent d'obtenir des informations «réciproques» qu'on ne savait trouver jusqu'alors (qui lit mon article?).

2. Citoyenneté, idéologies et identités

C'est une manière de mettre en actes les découvertes sociologiques que nous faisons.
- Étudier et accompagner des expériences où le réseau est une des multiples manières de construire la politique et de rendre les citoyens autonomes (exemple de la ville de Parthenay, Deux-Sèvres). Comprendre pourquoi la politique est revitalisée aux niveaux local et global, micro et macro, avec abandon (ou manque de participation) des structures intermédiaires (ville, CE, mais pas France).
- Être vigilants face aux fabricants de logiciels grand-public (semeurs de virus, générateurs de pertes de temps, mais aussi s'arrogeant un monopole des formats, donc des alphabets, contracteurs de mémoire via la génération régulière de nouveaux standards). Exemple de l'accord Microsoft et État français (suite Office offerte à tous les lycées); mais aussi Netscape; étudier d'autres mouvements citoyens (aux États-Unis notamment) et en profiter pour comprendre comment se constituent les pouvoirs dans des espaces vierges (appropriation d'espaces publics, captation de statuts de représentation) et donc comment se remodèle la notion de propriété (produit public, produit privé gratuit, espaces d'économie marchande...).
- Plus généralement, suivre de près tout ce qui touche à la surveillance, le cryptage, la censure.

IV. Nos points forts

Nous en distinguons deux:

étude des usages

C'est-à-dire mesure des pratiques (enquêtes électroniques, entretiens, suivi de construction de serveurs). Ce qui va pouvoir se développer grâce à l'approfondissement de nos relations avec les programmeurs, les élèves d'écoles d'ingénieurs... Nous pourrons compléter de telles études par d'autres, sur la réception de la technologie via les discours (articles du Monde, Télérama...).

Interdisciplinarité

Le dialogue entre spécialistes de toutes disciplines est particulièrement fécond. Il permet en outre à chacun de réfléchir sur l'ensemble des possibles, appliqués à son propre champ de recherches. Il permet aussi une socialisation des dernières applications aidant à la représentation de la pensée (outils de représentation graphique, notamment).

L'atelier est un lieu de rencontres, qui permet à chacun de profiter des compétences des autres participants, de vivre ce paradoxe des nouvelles technologies qui fait que relations électroniques à grande distance et bouche à oreille fonctionnent ensemble.


Mais cette année, l'atelier Internet est décidé à entretenir des relations serrées avec d'autres centres de recherche (autour d'Anne-Marie Christin à Paris-7, d'Yves Jeanneret à Lille-3, de Bill Turner au CERESI (CNRS), de Peter Stockinger à la MSH, d'Yves Le Coadic au CNAM, etc.).

Enfin, la variété des compétences des participants et des thèmes abordés permet d'imaginer sereinement que l'existence de cet atelier aidera à rendre poreuses les frontières interdisciplinaires actuelles. Rappelons qu'aujourd'hui, quatre revues savantes sont en train de se mettre en place suite à la constitution de cet atelier.


Date: novembre 1997



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