
Année universitaire 1999-2000
Bilan et prospectives
I. Bilan
L'énergie des membres de l'équipe «Réseaux, Savoirs & Territoires» a permis l'organisation du colloque international «Comprendre les usages d'Internet» (3 et 4 décembre 1999). Ces journées, réalisées dans le cadre d'un programme soutenu par le programme Télécommunications (CNRS) et la cellule Sciences de la cognition du CNRS, ont réunit près de 300 experts des sciences humaines, des sciences exactes, issus du monde de l'université comme de l'entreprise.
Les actes de ce colloque seront disponibles à l'automne 2000 (les pré-actes sont toujours en ligne).
Ce colloque a permis aux multiples acteurs de l'Internet de confronter leurs analyses et de développer des programmes de recherches en commun; il a mis en évidence la fécondité d'une posture intellectuelle qui ne se satisfait pas des barrières académiques ou professionelles traditionnelles.
L'équipe «Réseaux, Savoirs & Territoires» a aussi profité de cette dynamique: nous travaillons maintenant avec des chercheurs des universités de Toronto, de Montréal (UQàM), tout en amplifiant nos collaborations avec le CNRS et le RNRT, avec des grandes écoles comme l'ENST, ainsi qu'avec des ministères et plusieurs entreprises.
Le programme de recherche de l'année à venir, détaillé plus bas, est intimement lié à ces collaborations intellectuelles, approfondies à l'occasion des conférences de l'an 2000 (cf. le dossier actualités).
II. Programme des années futures
Organisation
Les séances de l'Atelier Internet, qui est le séminaire public de l'équipe de recherche, seront maintenues à un rythme mensuel (le mardi de 14h à 16h). Les conférences alterneront entre comptes rendus de recherches et synthèses sur des sujets difficiles. Elles restent ouvertes à toute personne dont les recherches sont proches de celles de l'équipe (un projet d'une page suffit).
Parallèlement, les membres de l'équipe se réuniront une fois par semaine pour travailler sur les points suivants:
- Culture technique
Des séances seront réservées à la formation technique des membres de l'équipe et à la présentation de logiciels performants.
- Mesure des pratiques
Nous prolongerons l'étude des usages (et de leur diffusion) et la mise en place d'outils et de méthodes permettant de mesurer les pratiques (nos enquêtes actuelles, principalement quantitatives, nous offrent aussi une approche qualitative, grâce à la grande taille de nos bases). Nous explorerons les aspects «cartographiques» du Web sous trois axes: localisation de machines, étude des métaphores du territoire, topologie du Web. Nous espérons acquérir prochainement un indexeur de façon à organiser de façon efficace ce travail cartographique et à étendre notre champ d'étude aux auteurs du Web.
- Pratiques éditoriales
En effet, l'étude des relations auteur-éditeur-lecteur sur Internet sera prolongée et élargie, tout comme notre réflexion sur l'histoire de l'écriture et des pratiques savantes. Nous intègrerons cette année la place de l'image dans notre réflexion traditionnellement centrée sur le texte et nous étudierons aussi des métiers mal définis, au carrefour de ces activités éditoriales, comme celui de «Webmaster».
- Logiciels collaboratifs
Nous disposons de deux laboratoires pour analyser les pratiques de travail collectif incluant Internet: l'équipe «Réseaux, Savoirs & Territoires» elle-même, et le réseau des chercheurs en histoire contemporaine fondateurs du site clio. Ceci nous permet d'expliciter de façon fine l'ensemble des activités intellectuelles propres à un groupe homogène, afin d'en déduire un cahier des charges permettant la conception de logiciels collaboratifs simples et efficaces, tout d'abord destinés à des groupes de travail, ensuite ouverts à tout type de communauté. De tels projets se feront tout d'abord en collaboration avec le ministère de la Fonction Publique et des élèves-ingénieurs de l'École nationale supérieure des télécommunications (ENST), mais pourront être développés dans un cadre plus large. Ils seront certainement complétés par une réflexion sur divers outils d'assistance à l'usager (adaptation du contenu à un niveau culturel choisi, aide à la navigation, etc.).
- Enjeux politiques et sociaux
Nous poursuivrons l'étude des résistances et appropriations liées à Internet dans l'espace universitaire et ses mondes connexes (édition, enseignement à distance etc.). Un soin tout particulier sera apporté à l'analyse des enjeux actuels de l'Internet. La présence dans notre réseau d'experts en droit et en économie, et plus généralement de chercheurs et d'entrepreneurs conscients de la valeur et de la fécondité du «bien public», nous permettra d'expliciter les pratiques de monopole, les atteintes aux libertés individuelles ou publiques comme aux indépendances politiques nationale ou européenne (brevets, noms de domaine, fichages, etc.).
Tous ces thèmes sont en étroite interaction: ils permettent de mieux «voir» les dynamiques de l'Internet actuel, de mesurer, puis d'expérimenter les pratiques d'échange afin de tester ou de mettre en évidence les transformations intellectuelles que cette technique, et les contenus qui lui sont associés, peuvent induire. Nous restons concrets, à partir de notre expérience sur les usages et sur les pratiques d'écriture, et notre conscience de l'impact des choix des acteurs majeurs de l'Internet nous incite à cette vigilance, qui est autant politique qu'intellectuelle. Nous maintenons notre pratique d'interdisciplinarité, qui nous permet d'avancer à grands pas dans la recherche grâce au dialogue de confiance institué entre experts des sciences humaines et des sciences exactes.
III. Logiques d'échanges
Nous comptons, dans le cadre de collaborations avec d'autres équipes, peaufiner les outils ou logiciels que nous aurons développés pour les besoins de notre recherche de façon à les rendre disponibles et utilisables sur le Web. Réciproquement, nous sommes prêts à travailler sur des corpus issus d'enquêtes déjà été réalisées (qui sont rarement exploitées de façon exhaustive), ou provenant de données d'entreprises ou d'associations jamais étudiées.
De façon plus générale, nous sommes ouverts à toute forme de collaboration scientifique: l'Atelier Internet a maintenant une longue tradition de dialogue et d'ouverture, sa localisation à l'École normale supérieure lui donne simplement le goût du travail concret et de qualité, sans aucune discrimination vis-à-vis des étudiants ou des collègues des universités. L'ouverture aux entreprises comme aux acteurs de la société civile ne résulte pas de l'adoption d'une quelconque idéologie contemporaine, mais du constat de l'étendue du champ des recherches théoriques comme appliquées: seule la coopération permet un travail rapide et efficace.
Éric Guichard, 10 juillet 2000