Jacques-Philippe SAINT-GERAND
UBP. Clermont-Ferrand II / ENS (équipe RST)
1. La lexicographie européenne ancienne et les études linguistiques
À l'heure où internet devient un moyen commode et de plus en plus utilisé d'accès à la connaissance, la lexicographie européenne du XVIe siècle au XIXe siècle offre encore un corpus diachronique du plus grand intérêt pour mener des études sur la représentation des différents états de langue décrits, analysés et illustrés, selon les deux perspectives essentielles de la diachronie et de la synchronie : la diachronie pour l'étude comparative des langues romanes au service de la recherche étymologique et historique : sont concernés bon nombre de dictionnaires français, allemands, italiens et espagnols des XVIIe et XVIIee s. notamment; la synchronie pour l'étude des différentes strates des usages (écrit / oral et littéraire familier) et la prise en compte des diversités géographiques.
2. Intérêt de la lexicographie dans un cursus universitaire
La lexicographie est une des composantes fondamentales de la linguistique. En dépit de son intérêt, cette discipline est encore peu enseignée en Europe. Elle permet cependant de présenter : a) les grandes phases de l'histoire des dictionnaires anciens en Europe et en France, du XVIe au XXe s., avec une analyse critique des principes de classement générique des ouvrages; b) une analyse du discours et une étude fonctionnelle des contenus des textes de dictionnaires fondées sur une approche scientifique; c) une étude contrastive des principes de fonctionnement des textes selon les deux catégories de corpus qui appellent différentes formes de lectures : corpus imprimé et corpus électronique. L'apport des technologies modernes, capital pour l'étude approfondie de textes jusqu'à présent méconnus, permet une remise au point des connaissances et offre une nouvelle approche des relations entretenues entre les grands textes de la lexicographie européenne. Internet s'impose là comme la seule alternative viable à l'impérialisme marchand des Cds et DVDs.
3. Les dictionnaires envisagés en tant que dispositifs sémiotiques à visée didactique
Les modèles existants d'analyse de la structure des articles de dictionnaires monolingues, même les plus élaborés, ne constituent pas des grilles pleinement opératoires parce qu'ils pèchent par un double déficit méthodologique : a) s'agissant de la segmentation des articles en composants, ils ne distinguent pas entre deux niveaux de structuration non connectables bijectivement : celui des rubriques matérialisées par des conventions typographiques et celui des classes d'informations qui sont susceptibles d'y figurer ; b) s'agissant du plan des articles et de la profondeur structurelle de leurs organisations arborescentes, ils ignorent les écarts entre la structure apparente des articles que donnent à lire les repères alphanumériques, diacritiques et typographiques (passages à la ligne), et leur structure effective, dont la mise en évidence implique la restauration, pas toujours aisée, de segments textuels non exprimés et de frontières structurelles non matérialisées.
4. La rétroconversion de dictionnaires anciens
Le champ de réflexion s'est élargi, depuis une quinzaine d'années, aux problèmes posés par le balisage des dictionnaires informatisés. La rétroconversion induit pour ces ouvrages, en sus des problèmes techniques partagés avec la rétroconversion de dictionnaires contemporains, des difficultés interprétatives. Ceux qui s'engagent dans des rétroconversions se trouvent alors amenés à opter entre des éditions restituant fidèlement les textes mais permettant peu de recherches, et des versions autorisant des questionnements plus élaborés, au risque que l'interprétation des textes qu'ils impliquent n'engage sur certains points une lecture sinon dénaturante, du moins orientée. La catégorie des dictionnaires dits universels se prête particulièrement bien à ces manipulations éditioriales qui résultent en des pratiques de balisage déjà interprétantes. Si une part non négligeable de l'activité lexicographique, orientée vers la production de répertoires à vocation fondamentalement pratique, peut sans inconvénient se dispenser de recourir à la linguistique, les répertoires qui ont une visée descriptive plus ambitieuse ne peuvent éviter de faire appel à la linguistique pour résoudre nombre de problèmes (notamment en ce qui concerne le traitement des unités à sens instructionnel) .
A partir de là, notre projet consiste à interroger en miroir internet comme medium et les usages actuels de l'internet pour tenter de voir comment ce moyen technique peut aujourd'hui donner l'impression qu'il constitue une sorte d'inépuisable dictionnaire universel. Et pour évaluer ces pratiques : l'écriture électronique nous invite à de nouvelles pistes de réflexion sur la langue et, indéniablement, modifie et modèle les images que nous avons du dictionnaire.
SUGGESTIONS DE PAGES WEB
Site des dictionnaires historiques sous forme électronique : http://globegate.utm.edu/french/globegate_mirror/histdico.html
Site du Dictionnaire de l'Académie française : http://www.chass.utoronto.ca/~wulfric/academie
Site consacré à la langue française du XIXe siècle : http://www.chass.utoronto.ca/epc/langueXIX
Site consacré aux dictionnaires anciens de langue française : http://www.dictionnaires-france.com/
Contact: Eric.Guichard arobase-anti__spam ens.fr, http://barthes.ens.fr/atelier
Page modifiée le 28 février 2006.